Vous aussi vous êtes écrivain ?

En France, tout le monde est écrivain. Ou tout le monde pense qu’il veut l’être, ou peut l’être. Il faut dire qu’au pays des Lumières, ou de ce qu’il en reste, écrire est comme une seconde nature. Pour ceux qui n’y auraient pas encore pensé, des publicités, sur les réseaux sociaux ou sur les sites des médias, font chaque jour de grands signes aux scribouillards que nous sommes tous. Un matin, c’est Eric-Emmanuel Schmitt qui, contre quelques dizaines ou centaines d’euros selon la formule choisie, promet de vous dévoiler ses secrets d’écriture. La semaine suivante, c’est une officine qui propose aimablement de publier votre chef d’oeuvre à vos frais. Ainsi, tout le monde a un roman inachevé dans un tiroir, tout le monde a des poèmes qui sommeillent sur un coin de table, et tout le monde est persuadé de devoir les publier.

Etre publié ! Le signe de reconnaissance par excellence. On pense alors qu’on entre dans la cour des écrivains, même si c’est par la petite porte. On devient visible (pas toujours lisible, mais c’est certainement secondaire).

C’est là que le malentendu commence. 

Pour évoquer brièvement mon cas personnel, j’ai eu la chance de voir jusqu’à présent quatre de mes livres publiés, grâce à des éditeurs qui m’ont fait confiance et qui se sont engagés. Je ne considère pas pour autant que je suis un écrivain. Jamais je ne me suis présenté comme tel.

Chacun peut donner de l’écrivain la définition qui l’arrange. Je considère pour ma part qu’un écrivain, une écrivaine, c’est une voix qui (nous) porte, c’est un style, une œuvre. On peut aussi réduire la liste des écrivains à celles et ceux qui vivent de leur plume, même très mal. Je ne coche aucune de ces cases. En ce sens, je ne suis qu’un apprenti.

Ainsi, contrairement à ce que beaucoup aimeraient leur faire croire, tous les Français ne peuvent pas devenir écrivains. Bien des plateformes d’auto-édition font miroiter un monde imaginaire à chacun d’entre nous. Il est certes devenu facile de s’auto-éditer mais la qualité de cette production pléthorique est souvent douteuse. Que dire aussi de l’édition traditionnelle, totalement saturée par les envois en masse de manuscrits ? Comment, dans un tel contexte, ces maisons d’édition, peuvent-elles fonctionner de manière satisfaisante ?

Une issue peut-être pour les mordus de l’écriture, frustrés de ne pouvoir être publiés : le journal intime, rebaptisé roadbook (car même si on ne part plus au bout du monde, tout cheminement intérieur est un voyage, n’est-ce pas ?). Remplir des carnets d’observations personnelles, ou abriter un roman de jeunesse dans un écrin de cuir, est une façon aussi d’être écrivain, nous disent les marchands de rêve. Après tout, pourquoi pas. Tenir un journal peut être un art. Un journal est parfois une véritable mine d’or pour celles et ceux qui le lisent ou qui le découvriront plus tard (lire l’excellent Je suis le carnet de Dora Maar de Brigitte Benkemoun). 

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