Le livre, les librairies, pour entrer en résistance

 

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Librairie Place Ronde, à Lille. Au fond, Fabienne Van Hulle avec Bernard Plossu

Epidémie oblige, voilà donc nos enfants et nos aînés priés de rester à la maison jusqu’à nouvel ordre. Toute la population suivra peut-être bientôt le même chemin, comme en Italie. Nous verrons bien. Cette situation nous permettra de tester nos capacités d’adaptation. Dans ce contexte, le livre et les librairies sont des armes extraordinaires pour entrer en résistance.

A Sarajevo, Francis Bueb, le fondateur et directeur du Centre culturel André Malraux, était entré, avec quelques amis, en 1994, dans la ville assiégée parce qu’il voulait apporter de la culture aux habitants piégés par les troupes de Milosevic, Mladic, Karadzic. A ces gens qui manquaient de produits alimentaires de base, qui manquaient de liberté, qui vivaient dans l’insécurité permanente, ce fou génial voulait mettre des livres à leur disposition pour les aider à survivre. Il a ainsi créé une librairie qui, compte tenu du contexte, fonctionnait comme une bibliothèque. Elle est devenue ensuite un véritable et extraordinaire centre culturel. C’est cette histoire hors du commun, dont j’ai eu la chance d’être un peu le témoin, qui me conduit aujourd’hui à m’intéresser au sort des librairies autour de moi.

A Lille, je suis heureux d’avoir assisté à la fondation, en avril 2018, de la librairie Place Ronde. Il faut sans doute être fou pour créer une librairie. Ou folle, comme Fabienne Van Hulle qui a transformé un ancien hôtel particulier pour y installer sa superbe librairie. Depuis, Place Ronde a fait son chemin. Elle s’est installée dans le paysage lillois et, régulièrement citée dans les médias régionaux et nationaux, elle propose un choix de livres de grande qualité, y compris un des meilleurs rayons de livres de la région consacrés à la photo. Place Ronde s’est aussi imposée comme un espace culturel où l’on vient rencontrer des auteurs dans de bonnes conditions pour dialoguer, débattre. Enfin, la librairie dispose d’une galerie où exposent régulièrement des photographes. Par exemple, le mois dernier, c’est l’immense Bernard Plossu qui est venu accrocher ses tirages.

On pourrait, bien sûr, citer beaucoup d’autres exemples. Nous avons certainement tous une librairie de coeur. Celle où nous aimons nous réfugier, nous abriter, en temps normal, mais aussi par gros temps. Alors, c’est le moment de faire passer le message : les stocks de pâtes pourquoi pas, mais les livres aussi nous aident à vivre, à nous évader, à résister !

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Centre culturel André Malraux, à Sarajevo en 2001. Francis Bueb avec Patrice Chéreau

 

Couleurs de Fives

Photos © Marc Capelle

Il serait facile de faire dans le misérabilisme et de présenter Fives sous son angle triste, en noir et blanc, prisonnier de son passé industriel. Pourtant, à quelques centaines de mètres du beffroi de l’hôtel de ville de Lille, ce quartier populaire est bien vivant et, malgré quelques idées reçues, il offre beaucoup plus de couleurs qu’on ne l’imagine souvent.

Précisions pour ceux qui ne sont pas familiers de Lille : on connait généralement la Grand-Place, les commerces chics de la vieille ville, le Palais des Beaux-Arts, les gaufres… Mais cette vitrine tient dans un mouchoir de poche car – on  ne le sait pas toujours – avec 230 000 habitants, Lille n’est pas une vraie grande ville. C’est la métropole lilloise qui compte un million d’habitants et 90 communes. Des poids lourds comme Roubaix, Tourcoing ou Villeneuve d’Ascq et surtout beaucoup de petites communes.

A quelques centaines de mètres du beffroi de l’hôtel de ville de Lille, le quartier populaire de Fives, loin des touristes et des offres commerciales étouffantes, est assez encourageant pour qui s’intéresse à l’urbanisme. La plupart des courées ont été réhabilitées. Le site des prestigieuses usines Fives Cail Babcock, qui produisaient autrefois des locomotives, des charpentes métalliques, a été revisité et accueille notamment un lieu de restauration alternative, tout près d’un lycée hôtelier flambant neuf. On trouve aussi à Fives des espaces d’expositions et de création artistique dignes d’intérêt.

Malheureusement, séparée du reste de la ville par un périphérique décourageant, Fives reste à l’écart de Lille, malgré le métro qui met le quartier à trois minutes du centre.

On ne dira pas pour autant que Fives est un petit paradis. L’habitat est par endroit très dégradé et la situation sociale de nombreux habitants est préoccupante. Mais on voit bien que, sans faire beaucoup de bruit, des efforts sont faits çà et là pour préserver une vie de quartier. Pour l’identité des Lillois, c’est important.